Sécurité Plomb

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Le plomb et ses risques pour un tireur

Hervé Melet, Docteur en Médecine et membre du TNV, et alter, Septembre 2019


Préambule


L’intoxication au plomb ou saturnisme chez les utilisateurs d’armes à feu est un phénomène connu
depuis de nombreuses années ; A titre personnel, je connaissais plusieurs personnes intoxiquées
par ce métal lourd quand j’ai déposé ma thèse de docteur en médecine en 1984. Comme on le
verra plus loin, le stand est loin d’être le seul lieu de contamination.


Origine du plomb


Celui-ci n’a que deux sources de provenance, le projectile et l’amorce ;


A) le projectile :


Jusqu’en 1884, il est exclusivement en plomb ; Ce n’est qu’en 1905, suite aux accords de La Haye
que se généralisent les projectiles chemisés, improprement appelés « blindés » ; Leur
généralisation, tant dans les armes de guerre que dans les carabines de chasse et relèguent les
balles en plomb :
a) aux calibres à basse vitesse réservés à l’entraînement et à l’initiation c'est-à-dire :
1. les plombs de carabine et de pistolet à air en 4,5mm ;
2. les cartouches de cal 5,5 à percussion annulaire (22 LR) ;
3. les cartouches d’entraînement et de concours en arme de poing de « gros calibre ».
b) aux armes anciennes où aucune substitution n’est possible.


B) L’amorce :


Celle-ci contient une micro-quantité (de l’ordre de 0,02 grammes) qui assure l’inflammation de la
charge de poudre propulsive. La composition dite « fulminante » est à base de styphnate
(trinitrorésorcinate) de plomb ou d’azoture de plomb. La quantité pré-citée est à comparer aux 10
grammes moyens du projectile lancé. Selon une source INRS, l’amorce peut contribuer jusqu’à
hauteur de 20% de la pollution par le plomb lors du tir.
Les modes de libération du plomb
a) Le contact direct manuel avec le projectile ;
b) L’émission des résidus de combustion de l’amorce ;
c) La vaporisation du plomb du projectile qui survient dans quatre phases :


Phase 1


Lors du tir, les gaz brûlants formés par la combustion de la poudre dépassent la température de
fusion de ce métal (327,5 °C degrés) ; Il en résulte une vaporisation d’une certaine quantité dans
l’air ambiant. Compte tenu de l’inertie thermique du plomb et de l’énergie mise en jeu, cette
quantité est difficile à évaluer.
D’autre part, les amorces contiennent du plomb sous forme de styphnate, qui est émis lors de la
percussion et persiste sous forme de micro particules dans l’atmosphère ambiante en stand confiné
non ventilé.
NB : Autant ce mécanisme peut être incriminé dans le tir aux armes « de gros calibre », autant il
ne peut pas être mis en cause dans les armes en 4,5 ou 5,5 dans lesquelles la température requise
n’est pas atteinte.


Phase 2


Lors de l’impact, que ce soit dans un piège à balles métallique ou un tas de sable, il s’ensuit la
vaporisation d’une quantité qui là, est fonction de la vitesse résiduelle du projectile.


Phase 3


Lors des opérations de nettoyage du stand, une quantité non négligeable est relarguée dans
l’atmosphère via les poussières. J’inclus dans cette phase toutes les opérations de récupération du
plomb : le tamisage et surtout la fonte pour recyclage de tous les projectiles tirés. C’est une
opération à haut risque sanitaire pour celui qui la pratique.


Phase 4


Un certain nombre de tireurs fabriquent eux-mêmes leurs projectiles en plomb fondu puis coulé à
la fois pour des raisons d’économie, de précision et a fortiori de disponibilité pour les armes
anciennes.
NB : pour exclure tout doute, nous avons fait intervenir le Bureau Veritas au Tir National de
Versailles : l’examen par leurs soins du pas de tir 10 mètres utilisé par l’école de tir a constaté une
présence de plomb dans la zone fréquentée par les tireurs égale au quart de la valeur légale limite
(confer annexe en page 7). Il faut ici souligner que le saturnisme chez un enfant est une maladie à
déclaration obligatoire. C’est une des rares dérogations au sacro-saint principe du secret
professionnel prévu par la Constitution.


La prévention et les moyens de remédier à ce risque


A ce point, une grande distinction s’impose : la gestion du risque du pratiquant tireur sportif et
celle du professionnel ou du bénévole encadrant soumis au risque par ses fonctions.
C’est en effet dans la classe des professionnels et/ou des bénévoles que l’on rencontre la plupart
des intoxiqués :


- Les moniteurs de tir, civils bénévoles et des forces armées (police, armée, douanes, etc…) qui
passent leur temps de travail dans des stands fermés ;
- le personnel de nettoyage, salarié ou bénévole ;
- les armuriers ou tireurs qui fondent de grandes quantités de projectiles ;
- les récupérateurs de métaux, etc...


Pour les professionnels, deux mots s’imposent : information et formation. Pour eux, s’applique le
code du travail avec ses droits ET ses devoirs. La fiche de poste avertissant le personnel des
risques encourus et de la conduite à tenir pour y remédier est capitale (confer annexe page 4 ).
La FFT ainsi que les officiels utilisant des armes sont au courant du problème et travaillent sur
chaque étape du mode de contamination pour réduire le risque.

Les moyens mis en oeuvre


En décortiquant chaque étape, on peut considérablement diminuer la quantité de plomb susceptible
d’être absorbé par l’organisme :


a) Lavage des mains après toute manipulation, interdiction aux enfants de porter les doigts
aux lèvres. On a du mal avec un adulte qui fume ou qui se ronge les ongles…
le personnel doit utiliser des moyens de protection individuelle adaptés :
Masque de protection avec filtre ;
Combinaison jetable ;
Gants ;
Lunettes ;
Sur-chaussures.


b) Eviction autant que possible des amorces contenant des produits à base de plomb. Le
progrès technologique abonde dans ce sens, mais les amorces « nontox » ne sont pas
disponibles dans tous les types nécessaires.


c) Interdiction pour les armes de gros calibre des projectiles offrant du plomb directement au
contact de la flamme ; il existe des projectiles soit à chemisage postérieur soit à revêtement
électrolytique intégral. Depuis une trentaine d’années existent des munitions
d’entrainement respectant ce critère avec le précédent. Selon des mesures réalisées, les
projectiles entièrement chemisés réduisent cette émission de 60 à 80% (source INRS).
Notre président, dans le club qu’il dirige a imposé ces impératifs. Cet impératif technique
n’a pas lieu d’être pour les armes à air comprimé, le calibre 5,5 où il n’est pas applicable
faute de substitut. Pour les armes anciennes les quantités tirées minimisent grandement le
phénomène.


d) Mise en place de buttes en sable plutôt que de pièges à balles métalliques qui ont
tendance à fragmenter les projectiles. En utilisation intensive, il faut pouvoir humidifier les
buttes en stand couvert afin de ne pas saturer les filtres d’extraction par des poussières de
silice. Cette mesure n’est pas nécessaire en utilisation « loisir ».


e) En stand fermé, mise en place d’une ventilation dont le flux doit éloigner les gaz et les
poussières vers l’avant. Une vitesse d’écoulement d’air de 0,4 m/s autour du tireur, de
l’arrière vers l’avant est recommandée, selon INRS.


f) Nettoyage des locaux avec une serpillière humide ou un aspirateur muni d’un filtre pour
limiter la dispersion. Les surfaces horizontales seront nettoyées avec des lingettes ou
éponges humides pour les mêmes raisons.

Le balayage à sec du sol est proscrit.

L’utilisation d’un détergent séquestrant est indiquée.

A ce propos, les sols en béton brut ou cimentés sont à éviter.

Afin de faciliter le nettoyage il est souhaitable de les peindre.


Quant aux tireurs qui fondent eux même leurs balles, seule l’information sur les bonnes et
mauvaises pratiques peut être faite ; sur ce point, l’Etat de Californie aux USA impose
l’inscription d’un « warning » sur tout l’outillage nécessaire à cette activité ;


En conclusion, le risque est faible en dehors de situations professionnelles prises en charge
par les nécessités de la protection des travailleurs.


En respectant les prescriptions ci-dessus les bénévoles procédant au nettoyage sont
également à l’abri.


Un effort reste à fournir vers les tireurs qui fondent leurs propres balles, qui sous estiment
leur exposition au risque, notamment en coulant des projectiles dans des locaux confinés
et/ou non ventilés.


Date de création : 10/07/2021 11:15
Catégorie : Notre Club - CONSEILS PRATIQUES
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